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Abdelwahab Doukkali, voix tutélaire de la chanson maghrébine, s’est éteint à Casablanca

todaymai 8, 2026 18

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Abdelwahab Doukkali, voix tutélaire de la chanson maghrébine, s’est éteint à Casablanca

Le chanteur et compositeur marocain Abdelwahab Doukkali est décédé ce vendredi 8 mai 2026 à Casablanca, des suites d’une longue maladie aggravée par des complications chirurgicales. Né à Fès en 1941, il laisse derrière lui un répertoire de plus d’une centaine de compositions qui ont façonné plusieurs générations d’auditeurs au Maroc, dans le monde arabe et au sein des diasporas maghrébines d’Europe et d’Amérique.

La nouvelle a traversé les frontières aussi vite que ses mélodies l’avaient fait avant elle. L’annonce du décès d’Abdelwahab Doukkali, survenu en fin d’après-midi dans une clinique privée de Casablanca où il avait été admis en réanimation après des complications postopératoires, a provoqué une onde d’émotion dans les milieux culturels marocains et au-delà. Sur les réseaux sociaux, anonymes et célébrités ont afflué pour saluer la mémoire d’un artiste considéré, depuis des décennies, comme l’un des derniers monuments de l’âge d’or de la chanson classique marocaine. Le souverain Mohammed VI a adressé un message de condoléances à la famille du défunt, selon des informations recueillies auprès de sources proches du Palais.

De la médina de Fès aux studios du Caire : une trajectoire continentale

Né dans une famille modeste de treize enfants à Fès, Abdelwahab Doukkali avait tracé son destin bien au-delà des murs de la médina. À dix-huit ans, il quitte sa ville natale pour rejoindre Rabat, où il intègre la RTM — Radio Télévision Maroc —, première étape d’un parcours qui le mènera rapidement à Casablanca, puis à l’étranger. En 1962, il décide de quitter le Maroc pour s’installer au Caire, donnant un nouvel élan à sa carrière musicale, et se lie d’amitié avec des compositeurs égyptiens de premier plan, dont Baligh Hamdi. Sept années s’écoulent sur les rives du Nil avant qu’il ne rentre au Maroc, auréolé d’une notoriété qui dépasse désormais les frontières du royaume.

Né en 1941, Abdelwahab Doukkali avait débuté sa carrière en 1957 et enregistré son premier album deux ans plus tard, mais c’est à partir de 1965, à son retour d’Égypte, que la vague Doukkali déferle véritablement sur le Maroc. Ses compositions, interprétées en arabe littéraire et en darija, explorent des thèmes universels : l’amour, les relations sociales, la mémoire collective et les mutations d’une société en transformation. Le style du maestro est immédiatement reconnaissable : une voix grave et veloutée, une maîtrise du luth héritée des traditions andalouses et orientales, une écriture mélodique qui emprunte autant aux classiques égyptiens qu’au terroir marocain.

Un répertoire centenaire couronné sur trois continents

Parmi ses réalisations les plus célébrées, il avait reçu un disque d’or pour « Mana Illa Bachar » et remporté le grand prix du Festival de la chanson marocaine de Mohammedia en 1985 pour « Kan ya makan ». En 1993, il avait été honoré au Festival de la chanson marocaine de Marrakech pour « Agharo Alayki ». La reconnaissance internationale ne tarde pas à suivre : en 1997, il remporte le Grand Prix du Festival du Caire pour « Souk El Bacharia », consacrant sa stature de voix panmaghrébine et panafricaine dans le répertoire arabe contemporain.

En 1991, il est élu personnalité du monde arabe par la BBC, et reçoit la médaille d’or du mérite décernée par le pape Jean-Paul II en 2004, distinction renouvelée par Benoît XVI en 2005. La même année, il est décoré par le roi Mohammed VI, témoignage de la reconnaissance des autorités marocaines pour l’ensemble de son œuvre. Près de sept décennies de scène, plus d’une centaine de titres, des prix glanés du Maghreb au Vatican : rares sont les artistes arabes dont la trajectoire présente une telle amplitude géographique et une telle continuité créatrice.

Un artiste total, entre luth, toile et pellicule

L’œuvre d’Abdelwahab Doukkali ne se résume pas à la chanson. Il avait également laissé son empreinte dans le cinéma marocain, en composant plusieurs bandes originales et en apparaissant dans différents films. Virtuose du luth, compositeur visionnaire et interprète à la voix exceptionnelle, il s’était intéressé dès sa jeunesse aussi bien à la peinture qu’au théâtre, avant de se consacrer pleinement à la musique. Dans les dernières années de sa vie, il avait aménagé dans son appartement casablancais du 17e étage de l’immeuble Liberté un espace qu’il appelait son « Petit Musée », où il conservait une collection personnelle d’objets et d’œuvres d’art, et qui était devenu un lieu de pèlerinage pour les amateurs de culture marocaine, accueillant diplomates, intellectuels et jeunes artistes venus recueillir ses conseils.

En dépit de son immense succès et de son statut de légende, il était resté fidèle à ses racines marocaines, n’ayant cessé de promouvoir la culture musicale de son pays et de collaborer avec de jeunes artistes pour leur transmettre son savoir-faire. Cette dimension pédagogique, souvent soulignée par ses pairs, aura peut-être été l’un de ses héritages les plus durables.

La Maghreb culturel en deuil

La disparition d’Abdelwahab Doukkali dépasse le seul cadre marocain. Au sein des diasporas algérienne, marocaine et tunisienne établies en France, en Belgique et en Amérique du Nord, ses chansons ont accompagné des générations d’exilés, fonctionnant comme un fil sonore entre le pays d’origine et celui d’accueil. Ses titres les plus connus — « Marsoul El Hob », « Kan ya makan », « Lil o Njoum » — appartiennent depuis longtemps à ce fonds commun que le Maghreb de la diaspora a constitué, au-delà des frontières nationales et des rivalités politiques entre États.

La disparition de l’artiste a suscité une vive émotion dans les milieux culturels et artistiques marocains, où nombre de chanteurs, compositeurs et intellectuels ont salué la mémoire d’un créateur dont l’œuvre aura profondément marqué plusieurs générations. Ces dernières années, le chanteur s’était fait plus discret, malgré quelques apparitions remarquées, notamment lors d’hommages organisés à Rabat et Meknès, et un retour sur scène très commenté au Théâtre Mohammed V. Ces moments de retrouvailles avec le public avaient confirmé que l’attachement à sa voix restait intact, même parmi les jeunes auditeurs qui le découvraient à travers les plateformes numériques.

Une page de l’âge d’or se referme

Avec la disparition d’Abdelwahab Doukkali, c’est une page essentielle de la chanson marocaine et arabe qui se referme, celle d’un artiste rare, capable de conjuguer élégance musicale, poésie et modernité. Il était l’un des derniers représentants d’une école musicale maghrébine forgée dans les années 1960, à l’époque où les artistes du Maroc, d’Algérie et de Tunisie circulaient librement entre Rabat, Alger, Tunis et Le Caire, construisant un répertoire commun qui transcendait les jeunes États-nations du Maghreb indépendant. Cette génération, qui avait grandi dans le sillage de l’indépendance et puisé dans les deux sources du classicisme oriental et de la modernité occidentale, n’a plus aujourd’hui que de rares survivants.

Les modalités des funérailles n’avaient pas encore été officiellement communiquées au moment de la publication de cet article.

Samir pour Samify Radio

Écrit par: Samir

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